SAMEDI 26 MARS

17H30 – PROJECTION DE FILM

Sergei Parajanov
Sayat Nova, La couleur de la grenade

En prélude à la projection : oeuvres d’Arno Babadjanian et d’Aram Khatchaturian par des élèves pianistes de l’Académie Rainier III

Arno Babadjanian, Prélude, Danse de Vagharshapat, Toccatina, Capriccio
Aram Khatchatourian,Toccata pour piano en mi bémol mineur, op. 11
Alex Dimitriadis, Yanis Farrugia, piano

Élèves de l’Académie Rainier III de Monaco

Durée approximative 1h30

Itinéraire d’un poète

« Sayat Nova fait partie de ces films (il y en a de moins en moins) qui ne ressemblent à rien. Paradjanov est de ceux (ils se font très rares) qui font comme si personne avant eux n’avait filmé. Heureux effet de “première fois” auquel on reconnaît le grand cinéma. Précieux culot. C’est pourquoi face à Sayat Nova, la première chose à ne pas faire est de proposer un mode d’emploi. Il faut le laisser agir, se laisser faire, laisser se défaire notre envie de comprendre tout tout de suite, décourager la lecture décodeuse et les “re-placeurs-dans-le-contexte” de tout poil. Il sera toujours temps après de jouer à celui qui sait tout du XVIIIe siècle arménien ou de l’art des “achough” » (Serge Daney, Ciné Journal, « Hiver 1981-1982 »).

Si Sayat Nova « ne ressemble à rien » et s’il faut en effet « se laisser faire » devant ses tableaux vivants, la beauté plastique de ses images, le silence de ses personnages, il faut noter que ce film a failli ne jamais voir le jour. Le film précédent de Paradjanov, Les Chevaux de feu, avait fait scandale en 1964 pour son approche bien peu conforme à la doctrine réaliste du régime soviétique ; de manière générale, on observait à cette époque une vague de répression vis-à-vis des milieux culturels et artistiques en URSS. Aussi est-ce avec soulagement que le cinéaste reçut des Studios Armenfilm d’Erevan la commande d’un nouveau film en 1966, puis l’autorisation de procéder au tournage après avoir soumis son scénario – le Goskino (Comité d’État au cinéma) de Moscou invitant toutefois les studios à surveiller de près un projet qui risquait déjà de sortir des sentiers battus…

La commande initiale était pourtant tout à fait dans le droit chemin tracé par les autorités : réaliser une biographie filmée du poète arménien Sayat Nova (1712-1795), qui écrivait ses poèmes en trois langues (géorgien, arménien, azerbaïdjanais) et les chantait en s’accompagnant d’un luth ou d’un kamantcha (vièle à archet) dans la plus pure tradition des achough (troubadours), voilà qui ne pouvait que plaire au Comité d’État désireux de promouvoir l’amitié entre les peuples et l’internationalisme ! Mais la réalisation de Paradjanov s’éloigne à nouveau du réalisme cher aux Soviétiques, renouant avec un cinéma primitif qui repose sur des caméras fixes, des scènes frontales, des acteurs qui regardent la caméra, des changements à vue : « ce n’est pas le sujet ni les étapes obligées de la vie du poète qui forment le cœur de mon scénario, mais les couleurs, les accessoires, les détails de la vie quotidienne qui ont nourri sa poésie. J’ai essayé de montrer l’art qu’il y a dans la vie plutôt que de montrer la vie qui est dans l’art », expliquera Paradjanov. « La structure est élémentaire : il était une fois l’enfance, il était une fois la jeunesse, il était une fois l’amour, il était une fois le monastère, il était une fois les tombes. Convoitée était une pierre, la prison était convoitée, le sein convoité est célébré en vers, la rose est célébrée en vers. Puis, il y eut la pensée : ma gorge est sèche, je suis malade. Le poète meurt. Tout est si simple, clair, suit le destin d’un grand poète ».

Tourné entre 1967 et 1968 principalement aux monastères de Sanahine et d’Haghpat, le film bénéficie de l’appui de l’Église qui prête au réalisateur de nombreuses reliques, faisant de Sayat Nova un véritable trésor patrimonial de la culture du Caucase. Cela n’empêche pas toutefois les critiques de s’abattre sitôt le film achevé. Si sa distribution est autorisée en République soviétique d’Arménie après quelques retouches mineures (le titre devient Couleur de la grenade, le texte des intertitres est modifié), un nouveau montage est requis pour pouvoir distribuer l’ouvrage dans les autres républiques soviétiques. Devant le refus de Paradjanov, la tâche est confiée au cinéaste Sergueï Youtkevitch qui replace les séquences dans un ordre plus conforme à la chronologie et raccourcit la durée de l’ensemble. Au Printemps des Arts de Monte-Carlo, c’est dans une copie restaurée en 2014 (par la Cinémathèque de Bologne et la Film Foundation en partenariat avec le Centre national du cinéma d’Arménie) qu’il est proposé de voir le film fidèle à la version de Paradjanov. Président de la Film Foundation, le célèbre réalisateur italo-américain Martin Scorsese est un des plus fervents admirateurs de l’œuvre : « Regarder Sayat Nova, c’est comme ouvrir une porte et entrer dans une autre dimension, où le temps s’est arrêté et la beauté a été libérée. À première vue, c’est une biographie du poète arménien Sayat Nova. Mais c’est avant tout une expérience cinématique dont on sort la tête pleine d’images, de mouvements expressifs répétés, de costumes, d’objets, de compositions, de couleurs. (…) Les tableaux de Paradjanov paraissent être gravés dans le bois ou la pierre, et leurs couleurs semblent avoir naturellement retrouvé leur éclat d’autrefois. Aucun autre film n’est comparable à celui-ci. »

Tristan Labouret

Oeuvre The Muse (Sofiko Chiaurely).1969. Frame from the film “Sayat-Nova” (The Colour of Pomegranates) ©Sergei Parajanov


Parking d’Ostende: Forfait spectacle « Festival Printemps des Arts » 4€*
(payable en sortie sur présentation du billet de concert à l’accueil du parking – valable pour une arrivée jusqu’à 1h avant la manifestation. 1ère heure gratuite et tarif de nuit à partir de 19h : 0,60€* / heure) *sous réserve de modifications des tarifs en 2022