DIMANCHE 3 AVRIL

15H – CONCERT

Auditorium Rainier III

Durée approximative 1h10

Ludwig van Beethoven
Romance no 1 pour violon et orchestre en sol majeur, op. 40

Henri Dutilleux
Sur le même accord, nocturne pour violon et orchestre

Ludwig van Beethoven
Romance no 2 pour violon et orchestre en fa majeur, op. 50

Dmitri Chostakovitch
Symphonie n°15 en la majeur, op.141

Renaud Capuçon, violon
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Andris Poga, direction

Vie et destin 

Révolte sans résignation : le dialogue entre Ludwig van Beethoven et Dmitri Chostakovitch, auquel se joint Henri Dutilleux, rappelle combien ces artistes furent témoins, acteurs mais aussi victimes de leur temps.

La révolte existentielle à laquelle le tempétueux Beethoven fut associé par la génération romantique ne transparaît pas encore dans ses deux Romances pour violon et orchestre, composées à l’orée du XIXe siècle. Celles-ci indiquent pourtant les questionnements sur la forme concertante que le compositeur allait ensuite entièrement remanier. Dialogue libre entre le violon et l’orchestre dans la Romance en sol majeur (1798-99) ou lyrisme intense de celle en fa majeur (1802) sans le carcan du concerto : autant de gestes dont, plus de deux siècles plus tard, le Français Henri Dutilleux semble se souvenir dans Sur le même accord (2002). Six notes, énoncées dès les premières mesures de l’œuvre, unifient l’ensemble de la pièce et lui donnent son climat. Entre concerto, par l’omniprésence du chant soliste, et évocation de la nuit étoilée au fur et à mesure des interventions solistes des pupitres des vents, Sur le même accord témoigne du regain d’intérêt pour le genre concertant des musiciens d’après 1945.

« J’y ai beaucoup travaillé. Je l’ai écrite à l’hôpital et plus tard encore, à la datcha, elle ne m’a pas laissé de répit. C’est une œuvre qui m’a tout simplement emporté, l’une des rares œuvres à avoir été claires dans mon esprit dès le début – de la première à la dernière note. Il ne me restait qu’à l’écrire. » En 1971, Dmitri Chostakovitch entame un nouveau projet symphonique, qui marque une rupture saisissante avec les Symphonies nos 11 et 12 (dont les titres renvoyaient à l’histoire de son pays) puis 13 et 14 (qui intégraient des voix). En 1966, le compositeur a été frappé par une crise cardiaque et sa santé n’a cessé de se dégrader. À cet égard, il est vraisemblable que la Symphonie n° 15, son dernier opus symphonique, comporte une part testamentaire, que l’on pourrait rapprocher des ultimes sonates pour piano de Beethoven ou de Falstaff de Giuseppe Verdi – comédie dont la légèreté apparente et la nostalgie sur le passage du temps tranchent avec les œuvres précédentes du compositeur italien.

Cette confrontation avec la mort, qualifiée par le philosophe Edward W. Said de « style tardif », se manifeste à de nombreux égards dans la Symphonie n° 15 : retour au discours symphonique « pur » et multiplication de références empruntées à un passé antérieur à l’Union Soviétique. Les tensions peu perceptibles, l’apparente légèreté de la symphonie, son ancrage résolu dans la tradition (quatre mouvements alternant rapidité et intériorité) cohabitent avec des citations et autocitations dont Chostakovitch était coutumier, mais qui prennent là une dimension crépusculaire. Comme dans ses quatuors, par exemple, Chostakovitch convoque l’ombre de ses œuvres passées : son Concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes, ses ballets L’Âge d’or et Le Boulon et surtout son opéra Lady Macbeth de Mzensk. Autant de citations qui évoquent, en creux, son propre devenir dans l’URSS de Staline : éclat des années trente modernistes, où Chostakovitch avait émergé aux côtés d’une génération sans équivalent (le poète Vladimir Maïakovski, le metteur en scène Vsevolod Meyerhold…) ; terreur des Grandes Purges, qui voient son Lady Macbeth emporté dans le torrent des œuvres désignées comme « formalistes ». Cette introspection est renforcée par le motif D-S-C-H (lettres en allemand désignant les notes ré-mi bémol-do-si), signature allusive de Dmitri Chostakovitch. Le compositeur soviétique y adjoint le fameux B-A-C-H (si bémol-la-do-si) que Bach, son illustre prédécesseur allemand avait inscrit dans nombre de ses œuvres. Le dialogue crypté de ces deux titans dit l’inscription de Chostakovitch dans l’histoire de la musique.

Enfin, le musicien cite deux autres figures, apparemment dissemblables : celles de Gioachino Rossini et Richard Wagner. La Symphonie n° 15 multiplie les allusions à l’ouverture emblématique de Guillaume Tell, dont le caractère apparemment joyeux peut être entendu sous un jour politique (révolte nationale contre un oppresseur). L’ultime mouvement de l’œuvre cite quant à lui un leitmotiv de L’Anneau du Nibelung de Wagner : le motif du destin, entendu dans La Walkyrie. Là encore, la dimension philosophique d’une telle allusion reste à déchiffrer, alors que l’orchestre l’expose à découvert, presque de façon funèbre. Allusion à deux musiciens dont l’œuvre fut, elle aussi, perçue de façon politique ou rappel de l’usage que fit le régime de leurs opéras ? Musicien du double-entendre, ayant développé dans un régime totalitaire un sens inouï de la survie en disant « malgré tout », Chostakovitch nous laisse la liberté de l’interprétation de sa Symphonie n° 15.


Charlotte Ginot-Slacik

Photo Renaud Capuçon ©Jean-François Leclercq -Virgin Classics


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(payable en sortie sur présentation du billet de concert à l’accueil du parking – valable pour une arrivée jusqu’à 1h avant la manifestation. 1ère heure gratuite et tarif de nuit à partir de 19h : 0,60€* / heure) *sous réserve de modifications des tarifs en 2022