Thomas Ospital

Jeudi 16 mars ı 20:00
Église Saint-Charles
Before
18H30 – Rencontre – Église Saint-Charles
Les « Before » et « After » sont réservés aux détenteurs d’un billet de concert

avec Thomas Ospital
modérée par Tristan Labouret, musicologue

20H – Concert – Église Saint-Charles
<p>Thomas Ospital, orgue</p>
1h10 sans entracte

Thomas Ospital, orgue

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Adagio en do majeur, K. 356
Allegro et Andante (Fantaisie en fa mineur), K. 608

César Franck (1822-1890)
Fantaisie en ut majeur, op. 16
Choral no 3 en la mineur, FWV 40

Julius Reubke (1834-1858)
Sonate en ut mineur « Psaume 94 »

Titulaire du grand-orgue de l’église Saint-Eustache à Paris, Thomas Ospital livre dans un récital poignant des œuvres qui figurent parmi les dernières pages de leurs créateurs : le maître viennois Wolfgang Amadeus Mozart, le Pater seraphicus César Franck et un génie disparu prématurément, Julius Reubke.

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Les pages que nous entendons ce soir ont pour l’essentiel été élaborées dans les derniers mois de l’existence de leurs créateurs. Mais ce n’est pas leur seul point commun. En effet, Mozart, Franck et Reubke furent à la fois de remarquables pianistes et d’éminents organistes.

Wolfgang Amadeus Mozart vouait un véritable culte à l’instrument à tuyaux. Il fut d’ailleurs nommé en janvier 1779, à son retour de Paris, organiste de la cour et de la cathédrale de Salzbourg. C’est pour cette ville qu’il écrivit les Sonates dites d’église pour cordes et orgue.

 

Le 18 juin 1791, il mit un point final à son célèbre Ave verum ; dans le même esprit, il écrivit le même jour à Baden une petite pièce pour un instrument singulier qu’il nomma simplement « Harmonica ». Il s’agissait d’une rangée de bols de cristal actionnés par une pédale et effleurés par un doigt mouillé. Ce dispositif, perfectionné par Benjamin Franklin en 1761, fut utilisé par le magnétiseur Franz Anton Mesmer, c’est chez lui que Mozart le découvrit. Cet Adagio aussi pur que concis sonne de manière presque irréelle sur les jeux les plus cristallins de l’orgue.

 

C’est pour un autre instrument qu’il écrivit le 3 mars 1791 l’Allegro und Andante für eine Orgelwalze. Le comte Joseph Deym von Stržitež, personnage romanesque, possédait un cabinet de curiosités bien connu à Vienne. Celui-ci comprenait nombre d’instruments à cylindres jouant des partitions spécialement composées à son intention. C’est pour l’un de ces « orgues-automates » aux dimensions relativement importantes que Mozart écrivit ce triptyque (en fait un Allegro, Andante et Allegro) aux harmonies audacieuses et au contrepoint nourri par celui de Bach. Beethoven, fasciné, recopia cette partition dont la partie centrale chante éperdument comme dans les plus beaux airs de La Flûte enchantée.

99 ans plus tard, nous découvrons l’un des plus importants compositeurs de son temps, César Franck, retiré pour quelques semaines de convalescence à Nemours. Au sommet d’une gloire tardive, il mûrit le projet de combiner dans des formes savantes et expressives le contrepoint de Bach et le souvenir des grands romantiques qu’il a pétris de ses mains. C’est ainsi que l’on trouve dans les Trois Chorals des métamorphoses de Beethoven, de Liszt, mais aussi des réminiscences du Cantor, comme au début du Troisième Choral qui évoque le Prélude en la mineur BWV 543.

 

Le terme de « choral » désigne ici une mélodie harmonisée note contre note, qui apparaît dans le fil du morceau, féconde son développement pour le conclure enfin de manière triomphale. Le compositeur mit au net la partition à l’automne, à Paris, avant de quitter ce monde. On considère à juste titre les Chorals comme le testament musical de celui qu’on appelait affectueusement le Pater seraphicus. Mais avant cela, Thomas Ospital nous fait entendre une œuvre bien antérieure : la Fantaisie en ut, élaborée d’abord à la fin des années 1850 pour trouver sa version définitive en 1868 à l’occasion de l’inauguration de l’orgue de Notre-Dame de Paris. Franck ambitionnait la grande architecture, mais sans ostentation, pour son instrument. Calme et sereine introduction, canon à l’octave doublé d’un nouveau thème, courte transition puis longue mélodie en fa mineur sur le jeu de Hautbois dialoguant bientôt avec la Flûte ; enfin, délicate évocation des ultimes moments de la Sonate op. 111 de Beethoven dans une musique qui s’efface sur la pointe des pieds.

« Personne ne peut savoir plus intensément combien la perte de votre Julius est grande pour l’art sinon celui qui a suivi avec admiration ses nobles, constants et talentueux progrès de ces dernières années », écrivit Franz Liszt au père de Julius Reubke après le décès de celui-ci.

 

Fauché en 1858 à l’âge de 24 ans seulement, Reubke était né douze ans après Franck. Fils d’un facteur d’orgues réputé, enfant prodige, il écrivit au sortir de l’enfance un magnifique Scherzo pour piano qui évoque Chopin. Présenté à Liszt par Hans von Bülow, il en resta illuminé comme, dix ans avant lui, César Franck, justement. Suivant le grand Hongrois que l’on appelait dans sa jeunesse « Mozart ressuscité », il aspirait à écrire deux grandes sonates, l’une pour le piano qui verra le jour en 1857 et l’autre pour l’orgue, achevée l’année de sa mort. Rappelons que Liszt avait composé en 1850 l’extraordinaire Fantaisie et fugue sur Ad nos, l’œuvre la plus considérable jamais écrite à cette époque pour l’instrument à tuyaux. Se saisissant du climat tendu du Psaume 94, Reubke élabora une partition d’un seul tenant, réunissant les ramifications d’un thème unique, chromatique et sinueux, qui sera utilisé également par Claude Debussy dans deux de ses œuvres (le Quatuor à cordes et La Chute de la maison Usher). Comme dans le Troisième Choral de Franck, peut-être plus encore, l’œuvre s’enfonce dans les limbes avec une extraordinaire puissance d’évocation pour s’épanouir dans un paroxysme impressionnant.

 

Ce programme inspiré représente la quintessence de l’art de compositeurs, jeunes pour deux d’entre eux, particulièrement touchés par la grâce au soir d’existences intensément remplies d’élans vers la beauté.

 

Éric Lebrun