SAMEDI 12 MARS

15H – CONCERT

Tunnel Riva

Durée approximative 1h30

Marc Vaubourgoin

Six petites pièces pour saxophone alto et piano

Eugène Bozza
Aria pour saxophone alto et piano

Paul Pierné
Concertino pour saxophone alto et piano

André Caplet
Impressions d’automne pour saxophone alto et piano

Claude Debussy
Rapsodie pour saxophone alto et piano

Maurice Ravel
Sonate pour piano (arrangement de Claude Delangle pour saxophone soprano et piano
Sonate pour violon et piano en sol majeur (arrangement de Sandro Compagnon pour saxophone soprano et piano)

Sandro Compagnon, saxophone
Gaspard Dehaene, piano

La naissance du répertoire pour saxophone

« Le saxophone est un animal à anche simple dont je connais mal les habitudes ». L’aveu que Claude Debussy lâche avec humour en 1903 en dit long sur le statut singulier du saxophone dans la musique classique française. Cette singularité tient à sa jeunesse, au regard des autres instruments de l’orchestre symphonique. Breveté en 1846 par le facteur belge Adolphe Sax, le saxophone est d’abord considéré comme une curiosité parmi d’autres inventions comme l’ophicléide et le saxotromba. Mais au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, il intègre peu à peu l’orchestre symphonique. On le retrouve par exemple dans des œuvres lyriques telles que Le Juif errant (1852) de Fromental Halévy, L’Africaine (1865) de Giacomo Meyerbeer ou encore Le Roi de Lahore (1877) et Hérodiade (1881) de Jules Massenet. La présence du saxophone dans l’orchestre n’en reste pas moins ponctuelle et circonscrite à des passages empreints d’exotisme. Signe que sa sonorité demeure synonyme d’étrangeté. En 1900, le saxophone continue donc de pâtir d’un manque de légitimité et d’une absence de véritable répertoire de chambre et de soliste.

Un rattrapage spectaculaire s’opère dans la première partie du XXe siècle. Le programme de ce concert permet d’en prendre la mesure, et de retracer ce processus d’adoubement du saxophone. Trois facteurs ont favorisé son intronisation dans la musique classique. Le mécénat privé, tout d’abord. Elisa Hall (1853‑1924) en fut l’une des plus grandes figures, elle qui s’initia au saxophone sur les recommandations de son mari médecin, afin de traiter une surdité naissante. Première femme saxophoniste à se produire en public, Hall consacra une partie de sa fortune à des commandes destinées à doter l’instrument d’un répertoire soliste signé par les meilleurs compositeurs du moment. C’est à elle que nous devons deux œuvres majeures du répertoire de l’instrument, écrites par des compositeurs de premier plan : l’élégiaque Impression d’Automne (1900) d’André Caplet et la Rhapsodie (1901‑1911) de Debussy. D’abord intitulée Rapsodie arabe puis Rhapsodie orientale, cette pièce contemporaine de La Mer s’inscrit pleinement dans la modernité musicale des années 1900, marquée par l’impressionnisme et l’orientalisme.

Le deuxième facteur de l’adoubement du saxophone réside dans la découverte du jazz, après la Première Guerre mondiale. Dans les années 1920, de nombreux compositeurs – Darius Milhaud en tête – soulignent le rôle essentiel que joue dans la musique américaine la « grosse pipe de nickel » (Jean Cocteau) qu’est le saxophone. La presse musicale célèbre sa « résurrection » (Léon Vallas) et sa « réhabilitation » (Émile Vuillermoz). C’est ainsi que de nombreux compositeurs choisissent de l’employer dans leurs œuvres : Milhaud, Maurice Ravel (dans son Boléro), Florent Schmitt ou encore Jacques Ibert.

Mais (troisième facteur) le développement d’un répertoire soliste pour saxophone doit plus particulièrement à la multiplication des transcriptions. Le fondateur de l’école française de saxophone, Marcel Mule (1901-2001), systématise cette pratique dans les années 1920, afin de prouver aux mélomanes que le saxophone peut tout à fait convenir à l’interprétation de la musique baroque (celle Johann Sebastian Bach et de Jean‑Marie Leclair en particulier), mais aussi pour intéresser à son instrument des compositeurs de son temps. « J’avais arrangé des chansons de [Ravel], des mélodies pour attirer son attention », explique‑t‑il en 1994. La stratégie de Mule s’avère payante. Après avoir transcrit pour saxophone la Pièce en forme de Habanera de Ravel, celui‑ci conçut l’idée d’un Quatuor de saxophones malheureusement resté à l’état de projet.De la même manière,Mule convainc Eugène Bozza, Grand Prix de Rome 1934 aujourd’hui tombé dans l’oubli, d’adapter pour le saxophone sa célèbre Aria (1936), qui est à l’instrument de Sax ce que la Vocalise (1915) de Sergueï Rachmaninov est à la voix. C’est à Mule encore que l’on doit deux œuvres caractéristiques de l’élégant néoclassicisme français des années 1940 et 1950 : le Concertino (1946) de Paul Pierné et les Six petites pièces (1951)de Marc Vaubourgoin. Deux œuvres occultées (tout comme leur compositeur), par le succès de l’avant‑garde alors menée par Pierre Schaeffer et Pierre Boulez.

La démarche de Mule allait faire école auprès de tous ses élèves et de ses successeurs à la tête de la classe du Conservatoire de Paris. Le dernier en date, Claude Delangle (né en 1957), a lui‑même réalisé une transcription de la Sonatine (1905)de Ravel. Sandro Compagnon s’est quant à lui attaqué à la Sonate pour violon et piano en sol majeur (1927) de l’auteur du Boléro. En plus d’ancrer le saxophone dans la tradition classique française, sa transcription contribue au développement des possibilités du saxophone. L’exécution du Perpetuum mobile de la Sonate,pièce virtuose s’il en est, entérine en effet l’adoption de techniques encore expérimentales à la fin du XXe siècle : le double détaché et la respiration circulaire.

L’intérêt croissant suscité par le saxophone parmi les compositeurs classiques à partir de 1900 (intérêt qui ne s’est jamais démenti jusqu’à nos jours) doit donc beaucoup aux interprètes eux-mêmes et à leurs transcriptions. De ce point de vue, le jeune Sandro Compagnon perpétue à son tour une tradition centenaire.

Martin Guerpin

©Alice Blangero


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(payable en sortie sur présentation du billet de concert à l’accueil du parking – valable pour une arrivée jusqu’à 1h avant la manifestation. 1ère heure gratuite et tarif de nuit à partir de 19h : 0,60€* / heure) *sous réserve de modifications des tarifs en 2022