SAMEDI 26 MARS

15H – CONCERT-DÉGUSTATION

POUR DEUX VIOLONS

Lycée Technique et Hôtelier

Durée approximative 1h30

Jean-Marie Leclair
Sonate pour deux violons sans basse, op. 3 no 1

Sergueï Prokofiev
Sonate pour deux violons en do majeur, op. 56

Luciano Berio
Duos pour deux violons (extraits)

Béla Bartók
44 duos pour deux violons, Sz. 98, quatrième cahier

Gaspard Maeder et Hugo Meder, violons

Imitation et amitié

Les rapports entre deux instruments identiques sont très spécifiques par rapport aux relations qui peuvent s’installer entre instruments différents. Le présent concert, qui déploie une série de chefs-d’œuvre dans le genre du duo de violons, est l’occasion de s’en rendre compte.

Premier constat intriguant : le duo pour deux violons ne se transforme jamais en duo d’amour. Ce face-à-face en miroir ne semble pas correspondre à l’idée que la musique occidentale se fait (en particulier à l’époque romantique) de l’altérité fondamentale des deux partenaires amoureux. Le duo, lorsqu’il met en présence deux protagonistes égaux, se rattache plutôt au domaine de la convivialité, voire de l’amitié, ou au contraire au domaine de la lutte ou de la rivalité, comme on pourra l’entendre dans certains passages du deuxième mouvement de la Sonate op. 56 de Prokofiev.

Une autre raison peut tenir à la relative « pauvreté » sonore du duo pour deux violons : cantonnés dans le registre aigu, les deux instruments ont peu de profondeur harmonique, et par nature, deux instruments semblables ont une variété de timbre réduite. Difficile donc de déployer toute la large gamme des sentiments amoureux. Notons d’ailleurs que ce risque de monotonie conduit les compositeurs à privilégier des pièces très courtes et fortement contrastées : aucun mouvement du programme ne dure plus de cinq minutes.

Convivialité et courtoisie donc : si l’un des deux partenaires peut parfois se mettre en retrait pour accompagner l’autre, l’équilibre veut que les rôles soient régulièrement échangés. Cette alternance nourrit par exemple le troisième mouvement de la Sonate de Prokofiev, qui se présente comme une aria classique, avec une large mélodie accompagnée. L’accompagnement doit alors néanmoins être suffisamment riche : il sollicite volontiers les doubles cordes ou les accords de trois ou quatre sons, réveillant la nature polyphonique du violon, ou bien prend la forme d’une ligne de contrepoint qui évite la pauvreté en déployant une volubilité, une mobilité, une richesse d’attaque ou d’articulation particulière. Ces techniques sont déjà portées à leur perfection par Jean-Marie Leclair, l’un des pionniers du genre, dans ses deux recueils de duos de 1730 et 1747. Pour enrichir le son, la musique populaire utilise aussi fréquemment la résonance des cordes à vide, typique des cordes frottées. Leclair se sert de ce procédé, qui évoque la musette, dans le deuxième mouvement de sa Sonate en sol majeur op. 3 no 1, et Bartók l’utilise abondamment dans tous ses duos.

Mais parfois aucun des deux instruments jumeaux ne s’efface devant l’autre. C’est le cas par exemple dans le premier mouvement de la Sonate de Prokofiev, où les deux amples courbes mélodiques s’écartent démesurément, se frôlent parfois avec d’amères dissonances ou se rejoignent en troublants unissons. Un art magistral du contrepoint et une science des sonorités des différents registres du violon crée ici l’expression exacerbée, fascinante, de la pièce.

Il existe une très ancienne et riche tradition de duos pédagogiques pour deux violons. Le genre favorise évidemment l’imitation du maître par l’élève, parfois stricte au point de prendre la forme d’un canon. On peut d’ailleurs se demander si les duos de Leclair n’ont pas eu aussi cette fonction pédagogique. En tout cas, Erich Döflein s’inscrit dans cette lignée lorsqu’il propose en 1931 à Béla Bartók d’écrire des duos de violons pour la méthode (toujours en usage aujourd’hui) qu’il s’apprête à publier avec son épouse Emma. Ces duos s’inspirent largement de la musique populaire de l’Europe de l’Est, où le violon joue un rôle important, mais comme toujours chez Bartók, cette inspiration est travaillée par la science du contrepoint et de l’harmonie. On y entendra de nombreux effets de canons, parfois très élaborés. Divisés en quatre livres, les 44 duos sont aussi prévus pour être joués en concert, Bartók suggérant alors d’en jouer tout un groupe à la suite, ce qui sera fait ici avec l’intégrale du quatrième livre.

Le titre de chacun des 34 Duos de Luciano Berio correspond à une personnalité qu’il aime ou admire. Béla est le titre du premier duo, référence à Bartók et à son recueil. Les duos de Berio affirment, eux aussi, une vocation pédagogique. Ce sont de petites miniatures fantasques, comme l’étrange valse de Bruno (Maderna) ou l’aria presque implorante de Peppino (Di Giugno), que Berio compare à des « vers de circonstance », « reliés par le fil ténu des circonstances quotidiennes », en ce qu’ils s’inspirent d’un souvenir, parfois anodin, commun à l’auteur et au dédicataire. Le thème de l’amitié est donc aussi présent ici, chaque duo jouant le rôle de l’objet unique, personnel, offert en cadeau à l’ami.

Fabien Roussel

Photo Gaspard Maeder ©Philippe / Lefaure Hugo Meder ©Amandine Lauriol


Parking de La Colle : Forfait spectacle « Festival Printemps des Arts » 4€*
(payable en sortie sur présentation du billet de concert à l’accueil du parking – valable pour une arrivée jusqu’à 1h avant la manifestation. 1ère heure gratuite et tarif de nuit à partir de 19h : 0,60€* / heure) *sous réserve de modifications des tarifs en 2022