Le festival Printemps des Arts de Monte-Carlo

En 1970, le Festival International des Arts de Monte-Carlo est créé, sous la présidence de la Princesse Grace. La volonté du Prince Rainier III et de la Princesse Grace est d’une part de varier la nature des spectacles au sein d’un même festival, puis d’une édition à l’autre ; et d’autre part de satisfaire le public de standing présent pendant la manifestation. Antoine Battaini, alors Directeur des affaires culturelles, obtient la charge d’organiser le Festival ; passionné de musique et fin connaisseur en cet art, il assume le rôle de programmateur durant quatorze saisons. En 1981, il est décidé que le Festival International des Arts qui fut initialement estival, puis hivernal, sera désormais printanier : il aura lieu chaque année pendant quinze jours à partir du samedi de Pâques, et ce, dès 1984. La Princesse Grace souhaite également accompagner cette nouvelle formule par un changement d’appellation, Le festival se nommera désormais  « Printemps des Arts de Monte-Carlo » . Malheureusement, la Princesse Grace n’aura pas la satisfaction de voir se réaliser Son nouveau Festival. Elle s’éteint dans la nuit du 14 au 15 septembre 1982.

Sur Ordonnance souveraine du 17 décembre 1982, la Princesse Caroline est nommée présidente du Comité d’organisation du nouveau Printemps des Arts de Monte-Carlo.

Dès la première séance de travail, la Princesse Caroline insiste sur la continuité qu’il convient d’observer entre l’ancien Festival et sa nouvelle formulation en matière de diversité artistique, afin d’asseoir le Printemps des Arts comme un festival non spécialisé. En ce sens, Elle émet le souhait d’intégrer désormais le cinéma à part entière et de projeter des films culturels en Principauté pendant la durée des festivités. Elle dessine en outre une nouvelle orientation en demandant au Comité de veiller à inviter désormais plusieurs jeunes lauréats des grands concours internationaux à se produire lors de concerts donnés en fin d’après-midi au Théâtre Princesse Grace. Elle désire ainsi que le Printemps des Arts soit autant la réunion des plus grands artistes du temps que le lieu de découverte privilégié des étoiles de demain.

Ce festival est né sous les meilleurs auspices avec les premiers solistes invités : Daniel Barenboïm (et également en 1985), Ruggiero Raimondi, Ileana Cotrubas, Tereza Berganza. Suivent en 1986 le Deller Consort, Maria-Joao Pires, Piero Capuccilli, le Quatuor Talich... et Nathan Milstein (le légendaire violoniste âgé de 82 ans). En 1987, le Printemps applaudit Margaret Price, Alicia de Larrocha, et programme, sur plusieurs années, une série d'opéras baroques plus ou moins inédits. Ainsi découvre-t-on en 1987 les Chinoises de Glück, sous la direction de René Jacobs, le Peintre parisien de Cimarosa en 1988, Alceste de Glück en 1989, Flavio de Haendel en 1989, Mithridate, en l'« année Mozart » 1991, Montezuma de Vivaldi en 1992, Orfeo de Fernando Bertoni en 1993.

Année après année, les affiches du Printemps des Arts demeurent prestigieuses : Yehudi Menuhin, Jean-Pierre Rampal, Marielle Nordmann, Renata Scotto, Montserrat Caballé, Nikita Magaloff, Lazar Berman, le Quatuor Julliard, Shirley Verret, Yo-Yo Ma, Mstislav Rostropovitch, Murray Perraia, Vladimir Ashkenazy, Anne-Solphie Mutter, Radu Lupu. Ce fut une suite de soirées étoilées ! Comment oublier celle où Katia Ricciarelli, au sommet de la gloire, nous porta sur les ailes de son chant ? Ou celle où Dietrich Fisher Diskau, maître respecté entre tous, sembla recevoir une inspiration divine ? Luciano Pavarotti se produisit en 1993, il logeait au Métropole tandis que... Michaël Jackson, venu pour un festival de télévision, était à l'Hôtel de Paris. Les fans de l'un et de l'autre rivalisaient de cris sous leurs fenêtres, avec une puissance vocale qui était inversement proportionnelle à celle de leur idole.

Au Printemps des Arts, on assista aux débuts de solistes comme Vadim Repin ou Maxim Vengerov ou encore Cecilia Bartoli. Bouleversante découverte en 1989 du baryton Thomas Qasthoff, au corps meurtri et au talent inouï. Depuis, ce héros de la vie et de la scène, fait merveille sur les grandes scènes. Et l'on découvrit également en 1999, Ivo Pogorelitch le pianiste yougoslave à la fascinante personnalité qui avait fait démissionner Martha Argerich du jury du concours Chopin de Varsovie où il était candidat. Le Printemps des Arts ne se contenta pas d'inviter des solistes. Il accueillit aussi des orchestres : le Philharmonique de Los Angeles dirigé par Andre Previn en 1987, le Symphonique de Berlin dirigé par Riccardo Chailly en 1988, la Philharmonie tchèque dirigée par Vaclav Neumann en 1990, le Philharmonia de Londres dirigé par Lorin Maazel en 1997.

À la série des opéras baroques succédèrent des créations d'opéras contemporains. Dorian Gray de Lowell Liebermann en 1996, d'après l'œuvre portant sur l'homosexualité d'Oscar Wilde (l'arrière petit-fils de l'écrivain était dans la salle), Saisons en enfer de Marius Constant en 1999, Cecilia de Charles Chaynes en l'an 2000. Certaines années, le théâtre trouva aussi sa place au « Printemps ». Et l'on applaudit Pierre Dux et Denise Gence dans Les Chaises de Ionesco (1989), Geneviève Casile en 1996, Laurent Terzieff en 1997, le duo Michel Bouquet-Claude Brasseur dans une poignante confrontation imaginaire entre le chef d'orchestre Fürtwangler et un chef S.S. en 2001. En 1989, à l'instigation de la galériste new-yorkaise Marisa del Re, les beaux-arts fûrent également invités au festival. En 1999, la Principauté fut envahie par les silhouettes rebondies des statues de Bottero. Rainier Rocchi, directeur de la Culture en Principauté, succède à Antoine Battaini en 2000, c'est alors une ouverture au modernisme.

Le Philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Marek Janowski donna deux années de suite de mémorables concerts Messiaen ; il accompagna aussi la projection du film Napoléon d'Abel Gance. C'est en 2001 que l'avenir du nouveau Printemps des Arts allait être scellé par la venue de Marc Monnet, qui s'est fixé pour objectif de conquérir un nouveau public, notamment parmi les jeunes. Pour cela, il abolit les frontières entre les répertoires et les époques de la musique en proposant des « fils rouges » pour suivre la manifestation d'un bout à l'autre.

En 2003, l'ouverture du Printemps se fit avec des musiciens de chasse à courre sur la place du Palais ; en 2004, avec une fanfare de rue ; en 2006, avec un sonneur de carillons. Le Printemps a pénétré des lieux inédits (Musée océanographique, Sportings d'été et d'hiver, Grand Cabaret), et s'est même invité chez les gens - avec les « concerts à domicile ». On initia également les « concerts surprises » dont le concept était simple : le public ne savait ni ce qu'il allait entendre ni comment il se rendrait sur les lieux de concert. En 2004 ce fut en car, entre Nice et Menton, en 2005 en train à vapeur jusqu'à Cannes. Notons également la venue historique de Pierre Boulez dirigeant l'Ensemble Intercontemporain au Sporting en 2006. Ces dernières années, le festival a invité Mauricio Kagel à présenter 2 pièces en 2007 ; François-Frédéric Guy a joué l'intégrale des sonates de Beethoven en 2008 ; les plus grands violoncellistes ont été réunis pour une nuit du violoncelle en 2009 et une nuit alternative au Parking des Pêcheurs s'est terminée par un défilé de mode mis en musique en 2010.

L'année 2011, le festival s'est transformé en 4 week-ends et a accueilli les derviches tourneurs mais aussi l'orchestre de la SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg. En 2012, le festival a invité les plus grands orchestres d'Europe : London Symphony Orchestra, Tonhalle Orchester Zürich, Sächsische Staatskapelle Dresden pour jouer les symphonies de Bruckner et , en 2013, le festival a reçu notamment le Ballet Royal du Cambodge, l'orchestre symphonique kimbanguiste et  l'orchestre du Théatre Mariinsky dirigé par Valery Gergiev

En 2014, le festival a fêté ses trente ans d'aventures culturelles, trente éditions du Printemps des Arts sauf une : l'an 2005 où le festival fut arrêté pour le décès du Prince Rainier III. Le Printemps, la Principauté, le monde pleurèrent leur « Prince bâtisseur ».

LL.AA.SS. le Prince Albert et la Princesse Caroline continuent à défendre la vitalité culturelle de la Principauté.


Le Printemps des Arts reçoit le soutien du Gouvernement Princier.

Twitter